Retour à la page d'accueil BioTop     Date de la dernière modification : 6-02-2017      Retour à la page d'accueil Diabète

I - Visite du  CENTRE  EUROPÉEN  D'ÉTUDE DU   DIABÈTE


Notes prises pendant l'exposé du  Dr. Laurence KESSLER (02.02.2000)
Praticien Hospitalier, Responsable Scientifique du CEED


  Le diabète est une maladie très répandue en France, qui touche aujourd'hui environ 2 millions de personnes et représente un véritable problème de santé publique.  200 000 d’entre elles ont un diabète insulinodépendant, les autres sont touchées par la forme non insulinodépendante.

 Causes les plus connues :   

  •         la sédentarité,

  •         l’alimentation, qui comporte trop de sucres et de graisses. 

La principale difficulté à contrôler le diabète vient du fait qu’il est impossible d’adapter le dosage de l’insuline en injection (certains malades ont besoin de 5 injections par jour) à la glycémie. Il en résulte des complications telles que

  •        cécité, amputations,

  •        atteintes du rein,

  •        troubles de la vascularisation.    

Le Centre Européen du Diabète s’est fixé 3 axes principaux :  

  • Étude épidémiologique : les 2 types de diabète sont en augmentation en Alsace

  • Recherche sur le diabète de type I en vue d’une amélioration pour les patients  

  • Information et communication.  

Principale difficulté dans le traitement du diabète : rétablir un cycle équilibré.

  • Si l’on envisage une solution mécanique, c’est-à-dire un pancréas artificiel, il faut mettre au point :
        
    •   Un microordinateur, avec un programme qui tienne compte des caractéristiques de chaque malade ; compliqué à mettre en œuvre ; actuellement, on pense à un système « réseau de neurones » et on est en train de constituer une base de données.  

    •  Une pompe à insuline : avec un débit de base et un pic une demi-heure avant chaque repas. Elle existe, mais elle est soit externe (portable), soit interne, implantée dans les tissus sous-cutanés avec cathéter dans la cavité péritonéale et, dans ce dernier cas, il faut la recharger tous  les  3  mois et la changer tous les 3 ans. Le prix actuel d’une pompe implantée est de 150 000 francs (22 870 €). Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg suivent 200 patients avec pompe implantée.

    •   Un capteur de glucose : sa fiabilité est de 3 jours ; après il s’encrasse et il ne peut toujours pas être couplé à la pompe. Innovation : « Glycowatch » se présente comme une montre et mesure la glycémie par les échanges ioniques au niveau de la peau. Inconvénient : elle nécessite trop de temps pour l’analyse (environ 20 minutes), ce qui la rend pour l’instant inutilisable en clinique. On note en plus des problèmes d’allergie.    

  • Autre solution : la greffe pour remplacer les cellules sécrétant l’insuline qui sont détruites (le diabète est une maladie auto-immune).

C’est la solution biologique, la seule qui soit efficace et durable, mais à laquelle il faut associer des
traitements immunosuppresseurs
.

Cette solution pose cependant de nombreux problèmes :

  •       On ne peut pas imaginer greffer tous les diabétiques. Ce traitement est forcément réservé à un petit nombre.

  •       Le tissu endocrine ne représente que 5% du pancréas. Les 95% restant sont des cellules exocrines (sécrétion du suc pancréatique). Lors d’une greffe, il faut dériver ces sécrétions dans le tube digestif ou dans la vessie, ce qui ne manque pas d’entraîner de nombreuses complications.    

  •       Le traitement immunosuppresseur, avec tous ses effets secondaires négatifs, doit représenter un risque inférieur aux risques du diabète.

Variante de cette technique : la greffe de pancréas associée à celle du rein. Également réservée à un (très) petit nombre : 30 pour l’Alsace, avec une réussite de 70%.  Il faut 2 pancréas pour greffer un patient.

De l’étude de tous ces cas est née une nouvelle idée : la solution bioartificielle ou  biomécanique :

            greffer uniquement des îlots de Langerhans 

Mais à ce stade, quelques remarques s’imposent :

  • Le recueil des îlots de Langerhans sur un pancréas « donneur », prélevé chez une personne en état de

  • mort cérébrale, s’avère très limité.

  • Solution envisageable : la culture de cellules  humaines ou provenant d’îlots de Langerhans de porc. Dans ce cas se pose le problème évident de la transmission de protéines de porc à l’homme.

  • Les lignées cellulaires représentent des cellules tumorales qui sécrètent de l’insuline. Il existe bien des cellules réactives au glucose, mais elles sont indépendantes de la concentration en glucose et on ne sait pas contrôler la prolifération cellulaire.

  • Par ailleurs, la cellule à insuline est hautement spécialisée et ne se multiplie pas.

  • Les traitements immunosuppresseurs restent extrêmement toxiques.

On en vient donc à imaginer une autre solution :

- Des cellules d’îlots de Langerhans encapsulées, avec une capsule qui serait perméable au glucose et à l’insuline, mais imperméable aux immunoglobulines (gammaglobulines).

  - La mise au point de nouvelles drogues d’immunotolérance.

 Lors d’une greffe de cellules, les LT (lymphocytes T) sont activés, puis clonés et détruisent le ou les greffons. Le problème est que les traitements immunosuppresseurs détruisent tous les lymphocytes. Aujourd’hui, les recherches portent sur des traitements qui ne cibleraient que les LT clonés.  

Actuellement, 6 transplantations d’îlots de Langerhans ont été réalisées, dont une à Strasbourg. Les îlots sont injectés par un cathéter dans la veine porte. Ils bouchent les capillaires hépatiques, provoquant une vascularisation.

 La solution d’avenir passe donc par la mise au point d’îlots de Langerhans encapsulés, sans traitement immunosuppresseur.

En effet, sous traitement immunosuppresseur, le risque de lymphome est multiplié par 1000 !

Il reste beaucoup de question en termes de traitements et de programmes préventifs. Trois théories concernant l’origine du diabète orientent actuellement les travaux de recherche :

·        La théorie génique : mutation d’un gène qui aurait provoqué le développement des anticorps.

·        La théorie virale : peut-être une infection à adénovirus avec colonisation des cellules b.

·        La théorie de la transmission héréditaire qui entraînerait une prédisposition génétique au diabète.

 


II - LE DIABÈTE NON INSULINODÉPENDANT


Exposé de Madame Christine TRABAND
au club INSERM - Lycée Schuman - Haguenau (03.03.2000)
Infirmière statisticienne dans le domaine de la recherche médicale 


A la différence du DID (diabète insulinodépendant), dans lequel les îlots de Langerhans du pancréas fonctionnent mal ou sont progressivement détruits, le DNID (diabète non insulinodépendant) a des causes multiples dont peut-être le petit poids (PP) à la naissance. Cette forme de diabète NID est de loin la plus fréquente, puisqu'elle concerne 70 à 80% des diabétiques. Elle ne se révèle qu'à l'âge adulte et son traitement se fait par des comprimés - les injections d'insuline n'étant pratiquées, chez ces patients, qu'en phase terminale de l'évolution du diabète.

Causes

  • Elles peuvent être génétiques (déficit de certaines enzymes). Une insulinorésistance se met en place à l'âge de 30 - 40 ans et on a constaté que toutes les cellules de l'organisme sont déréglées.

  • On note aussi l'obésité résultant d'une consommation excessive de sucres.

De nombreuses personnes sont diabétiques (à partir de 1,26 g de glucose par litre de sang à jeun) et ne le savent pas. Leur corps est "habitué" et le glucose fait des dépôts de façon sournoise, provoquant des rétinopathies et une athérosclérose des membres inférieurs. Ce sont les ophtalmologues qui détectent ces diabètes.

Détection

Elle se fait essentiellement par HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale). Selon les normes définies par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le patient ingère 75 grammes de glucose dans 300 mL d'eau. Une première prise de sang est faite après 30 minutes, une seconde après 2 heures.

  • Après 30 minutes, la glycémie (taux de glucose dans le sang) doit être inférieure à 2 g/L. Si elle est supérieure, c'est le signe d'un diabète.

  • Après 2 heures, chez un sujet non diabétique, la glycémie doit avoir retrouvé sa valeur à jeun (< 1,25 g/L).

Traitement : plusieurs protocoles sont utilisés.

  • Le régime : il faut bannir tous les sucres rapides, confitures, sodas, chocolat, miel ... Par contre, les sucres lents (féculents) sont autorisés, voire conseillés : pommes de terre, pâtes, riz ...

  • Le sport : bénéfique car il augmente l'utilisation du glucose par les cellules et donc favorise sa diminution dans le sang.

  • Les médicaments : on utilise :

  • Les sulfamides, hypoglycémiants et qui stimulent la sécrétion d'insuline par les cellules ß des îlots de Langerhans du pancréas.

  • Si les cellules ß des îlots de Langerhans ne sont plus fonctionnelles, on a recours à des injections d'insuline dont il existe actuellement plusieurs sortes : rapide (action immédiate et ponctuelle), semi-lente (action sur 3 à 4 heures), lente (action sur une durée d'environ 24 heures). Avec une insuline lente, une injection par jour est suffisante. Il faut parfois faire des mélanges, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, le diabétologue soigne ses patients "à la carte".

  • Comprimés de glucophage avant chaque repas. Ce produit a un effet anorexique (diminution de l'appétit) et augmente l'absorption du glucose au niveau des cellules périphériques.


L'INSERM (*) ET LE CENTRE HOSPITALIER DE HAGUENAU

(*) Institut National des Sciences et de la Recherche Médicale

Il y a 25 ans, la maternité du Centre Hospitalier de Haguenau (CHH) a créé un fichier informatisé, d'autant plus intéressant que les alsaciens sont plus sédentaires que le reste de la population et donc plus "faciles à suivre".

"Combien de temps les jeunes nés avec un retard de croissance mettent-ils 
pour rattraper une taille et un poids normaux ?"

L'étude a porté sur 300 enfants nés avec un poids compris entre 2,2 et 2,6 kg. Trois cents autres enfants ayant un poids normal compris entre 2,9 et 3,4 kg ont servi de témoins.

  • Après 3 à 4 ans, tous les enfants avaient rattrapé un poids et une taille normaux.

  • Sur les 600 enfants de cette étude, 500 d'entre eux (dont 250 PP) ont pu être recontactés en 1995 pour une mise au point (les 100 sujets "perdus" ayant déménagé ou changé de nom).

  • Tests effectués : HGPO, TA (tension artérielle), poids, taille, cholestérolémie (taux de cholestérol dans le sang).

    Constats :

  •    Vers 20 ans, ils avaient tous une glycémie normale.

  •    Plus tard, vers 25 ans, chez 2/3 des sujets, la courbe de la glycémie est modifiée : une HGPO donne 1,6 à 1,7 g/L après 30 minutes

Entre 20 et 25 ans, il se passe quelque chose dans l'organisme 
qui affecte la régulation de la glycémie.

Les travaux actuels portent sur l'identification d'une éventuelle protéine qui existerait chez les PP (nouveau-nés de petit poids) et qui deviendrait active vers l'âge de 20 - 25 ans. Il faut remarquer que ces sujets ont toujours une glycémie inférieure à celle des diabétiques.
L'aboutissement de ces travaux nécessite encore quelques années d'études et l'effort est porté sur la constitution d'une ADNothèque.

A noter l'existence de travaux similaires aux États-Unis, en Californie, mais ils ont débuté 10 ans après ceux effectués en France et les jeunes concernés par ces tests n'ont aujourd'hui que 15 ans.

  • Sur un groupe de 50 jeunes volontaires, on pratique des tests supplémentaires : biopsie (prélèvement d'un fragment de tissu) musculaire pour doser le taux de sucre dans ces tissus, biopsie de tissu adipeux (près de l'ombilic), tests hépatiques avec un sucre marqué et repérage radiographique.

Constat important : ceux qui n'ont pas développé ce diabète pratiquent un sport régulier et intensif ou ont fait un régime.

  • Autre test pratiqué : l'impédancemétrie. Des électrodes sont placées au poignet et à la cheville. Le patient est soumis au passage d'un courant faible qui ne traverse que les cellules musculaires. Ce test permet, entre autres, de déterminer la masse graisseuse (22% chez les femmes, 19% chez les hommes).